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Économie Générale et Statistiques · Bac Éco · Coefficient 6

La politique économique — Cours Économie générale Bac Éco

Faut-il augmenter les dépenses publiques pour créer des emplois, au risque de relancer l'inflation et de creuser le déficit extérieur ? Toute politique économique est un arbitrage entre quatre objectifs que Kaldor a réunis dans un « carré magique » — magique parce qu'on ne les atteint presque jamais tous en même temps.

Relu par Équipe Orka · 18 octobre 2026

Dans le programme du Bac Éco

Coefficient 6 en Bac Sciences Économiques, à égalité avec la Comptabilité : c'est l'une des deux matières qui font la moyenne. Le cadre de référence 2025 consacre une partie entière à la comptabilité nationale, à la politique économique et au développement, et l'épreuve associe toujours une partie d'économie à une partie de statistiques.

À l'épreuve

Un tableau d'indicateurs (croissance, chômage, inflation, solde extérieur) sur deux années ou deux pays : construire ou lire le carré magique, diagnostiquer la situation, identifier le type de politique menée ou à mener (relance ou rigueur, conjoncturelle ou structurelle), expliquer ses instruments et ses effets contradictoires sur les objectifs.

Objectifs d'apprentissage

  • Expliquer le passage de l'État gendarme à l'État providence et justifier l'intervention de l'État
  • Citer les quatre objectifs du carré magique de Kaldor et leurs indicateurs
  • Distinguer politique conjoncturelle (court terme) et politique structurelle (long terme)
  • Distinguer politique de relance et politique de rigueur et leurs instruments budgétaires et monétaires
  • Analyser les arbitrages entre objectifs et la notion de policy mix

Notions clés

De l'État gendarme à l'État providence

Pour les libéraux classiques, l'État doit se limiter aux fonctions régaliennes (justice, police, défense, diplomatie) : c'est l'État gendarme, le marché assurant l'équilibre. La crise de 1929 et les travaux de Keynes montrent que le marché peut rester durablement en sous-emploi : l'État doit soutenir la demande. Après 1945 s'impose l'État providence, qui intervient dans l'économie (régulation, entreprises publiques) et protège les citoyens (sécurité sociale, éducation, santé). Depuis les années 1980, les politiques libérales ont réduit ce rôle (privatisations, déréglementation) sans le supprimer.

Le carré magique de Kaldor

Quatre objectifs : la croissance (taux de croissance du PIB réel), le plein emploi (taux de chômage), la stabilité des prix (taux d'inflation) et l'équilibre extérieur (solde courant en % du PIB). On les place sur quatre axes : plus le quadrilatère obtenu est grand, meilleure est la situation (croissance forte, chômage et inflation faibles, solde extérieur excédentaire). Le carré est « magique » car ces objectifs sont souvent contradictoires : la courbe de Phillips illustre l'arbitrage entre chômage et inflation, et une relance de la demande accroît les importations.

Politiques conjoncturelles : relance et rigueur

La politique conjoncturelle agit à court terme sur l'activité. Relance (contre le chômage et la faible croissance) : hausse des dépenses publiques ou baisse des impôts (politique budgétaire expansionniste), baisse du taux directeur et crédit plus facile (politique monétaire accommodante). Rigueur ou stabilisation (contre l'inflation et les déficits) : baisse des dépenses, hausse des impôts, hausse du taux directeur. Au Maroc, la politique monétaire relève de Bank Al-Maghrib, la politique budgétaire du gouvernement via la loi de finances. La combinaison des deux est le policy mix.

Politiques structurelles

La politique structurelle agit sur le long terme et transforme les structures de l'économie : politique industrielle et sectorielle, éducation et formation, infrastructures, recherche, réforme fiscale ou du marché du travail, privatisations, aménagement du territoire. Elle améliore la croissance potentielle et la compétitivité, mais ses effets sont lents. Une bonne politique économique combine actions conjoncturelles et structurelles.

Erreurs fréquentes

1
Confondre conjoncturel et structurel : une hausse ponctuelle des dépenses publiques est conjoncturelle, une réforme de l'éducation est structurelle.
2
Lire le carré magique à l'envers : un chômage ou une inflation élevés rapprochent le point du centre et réduisent la surface.
3
Présenter la relance comme sans risque : elle peut accroître l'inflation, le déficit public et le déficit extérieur.
4
Attribuer la politique monétaire au gouvernement : au Maroc, elle est conduite par Bank Al-Maghrib.
5
Oublier de justifier le diagnostic par les chiffres avant de proposer une politique.

Exemple corrigé

Énoncé

Indicateurs d'un pays : année N — croissance 1,5 %, chômage 11,8 %, inflation 6,6 %, solde courant −3,5 % du PIB ; année N+1 — croissance 3,4 %, chômage 13 %, inflation 6,1 %, solde courant −0,6 % du PIB. Comparer les deux carrés magiques, diagnostiquer la situation et proposer une politique économique.

Correction

Croissance. De 1,5 % à 3,4 % : nette amélioration, le sommet « croissance » s'éloigne du centre.
Inflation. De 6,6 % à 6,1 % : légère amélioration, mais l'inflation reste élevée.
Équilibre extérieur. Le déficit courant passe de 3,5 % à 0,6 % du PIB : forte amélioration.
Chômage. De 11,8 % à 13 % : dégradation, malgré la reprise. Le carré N+1 est globalement plus grand, sauf sur l'emploi.
Diagnostic. Reprise de la croissance mais création d'emplois insuffisante et inflation encore forte : l'arbitrage chômage-inflation empêche une relance massive de la demande.
Politique proposée. À court terme, une politique monétaire prudente (taux directeur maintenu ou relevé) pour ramener l'inflation, avec un soutien budgétaire ciblé sur l'emploi ; à long terme, des politiques structurelles (formation, industrie à forte intensité d'emploi, soutien aux PME) car le chômage qui résiste à la croissance est en partie structurel.

Le cours, puis l'entraînement.

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3 exercices pour t'entraîner

Exercice 1

Facile
Classer en politique conjoncturelle ou structurelle : hausse du taux directeur ; réforme du système éducatif ; baisse temporaire de l'impôt sur le revenu ; plan d'industrialisation sur dix ans ; hausse des dépenses publiques pour soutenir l'activité pendant une crise ; privatisation d'une entreprise publique.
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Conjoncturelle : hausse du taux directeur, baisse temporaire de l'impôt sur le revenu, hausse des dépenses publiques en période de crise. Structurelle : réforme du système éducatif, plan d'industrialisation sur dix ans, privatisation.

Exercice 2

Moyen
Un gouvernement mène une politique de relance budgétaire (hausse des dépenses publiques). Expliquer son effet attendu sur chacun des quatre objectifs du carré magique.
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La demande augmente : la croissance accélère et le chômage baisse (effet recherché). Mais la hausse de la demande peut faire monter les prix si l'offre ne suit pas (inflation ↑) et attire des importations, ce qui dégrade le solde extérieur. Elle creuse aussi le déficit public. La relance améliore deux objectifs au risque d'en dégrader deux autres.

Exercice 3

Difficile
Pays X : croissance 0,5 %, chômage 15 %, inflation 1,5 %, solde courant −1 % du PIB. Pays Y : croissance 4 %, chômage 6 %, inflation 9 %, solde courant −6 % du PIB. Diagnostiquer chaque situation et proposer le type de politique adapté, avec ses risques.
Voir la correction
X : activité très faible, chômage massif, inflation basse et équilibre extérieur correct : situation de sous-emploi. Politique de relance (budgétaire expansionniste, baisse du taux directeur) : il y a peu de risque inflationniste ; risque principal, l'aggravation du déficit public. Y : forte croissance mais surchauffe (inflation 9 %, déficit extérieur 6 %). Politique de rigueur (hausse du taux directeur, maîtrise des dépenses publiques) pour freiner la demande ; risque : ralentir la croissance et relancer le chômage. Dans les deux cas, accompagner de politiques structurelles (compétitivité, formation).

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Questions fréquentes

Pourquoi le carré est-il dit « magique » ?

Parce qu'atteindre les quatre objectifs en même temps relèverait de la magie : ils sont souvent contradictoires. Réduire le chômage par la relance tend à accroître l'inflation et le déficit extérieur ; lutter contre l'inflation par la rigueur ralentit la croissance et l'emploi.

Qu'est-ce que le policy mix ?

C'est la combinaison de la politique budgétaire (gouvernement) et de la politique monétaire (banque centrale). Elles peuvent aller dans le même sens (relance ou rigueur des deux côtés) ou se compenser, par exemple une relance budgétaire accompagnée d'une politique monétaire restrictive pour contenir l'inflation.

Quelle différence entre politique conjoncturelle et structurelle ?

La politique conjoncturelle agit vite et à court terme sur la demande pour corriger un déséquilibre (chômage, inflation). La politique structurelle agit lentement et durablement sur l'offre et les structures (formation, industrie, infrastructures, institutions) pour élever la croissance potentielle.